L’instabilité nous cerne de toutes parts : instabilité climatique, économique, politique. Le concept de polycrise, désignant les situations complexes où plusieurs crises interconnectées et interdépendantes convergent, amplifiant mutuellement leurs effets, est de plus en plus utilisé pour décrire la situation actuelle.

Cette période fluctuante interroge individuellement : quelle est ma responsabilité dans le contexte actuel ? quel rôle y jouer ?

En tant qu’entrepreneur.e ou dirigeant.e, l’interrogation se prolonge au niveau de l’entreprise : quelle est la responsabilité sociétale de mon entreprise dans ce contexte ? Comment mon entreprise peut-elle intégrer des considérations sociales et environnementales dans ses prises de décisions ? Comment mon entreprise peut être en mesure de répondre des impacts de ses décisions et activités sur la société et l’environnement ?

Finalement, cela revient à questionner sa RSE, au sens premier du terme : sa responsabilité sociétale d’entreprise. Et le contexte actuel nous donne un cadre propice à la réflexion.

Il ne s’agit pas de « faire de la RSE » comme je l’entends parfois lorsque la RSE est caricaturée et réduite à l’identification et la complétude d’indicateurs. Il s’agit de définir ou redéfinir le sens de son activité dans un contexte inédit. D’identifier la raison d’être de son entreprise et de la confronter aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Définir cette raison d’être est fondamental pour en faire découler le plan d’actions qui permettra à la fois d’atténuer ses impacts négatifs sur le contexte actuel, de renforcer ses impacts positifs et de s’adapter au monde fluctuant.

Les outils permettant cette réflexion existent déjà. L’un des outils majeurs est la norme ISO 26000 qui propose une méthode permettant de « garantir l’équilibre des écosystèmes, l’équité sociale et la bonne gouvernance des organisations ». Cette norme définit la RSE comme étant la « volonté de l’organisation d’intégrer des considérations sociales et environnementales dans ses prises de décision et d’être en mesure de répondre des impacts de ses décisions et activités sur la société et l’environnement ».

Elle pose les lignes directrices permettant à toutes les organisations, quel que soit leur niveau de maturité sur la question, d’aborder la responsabilité sociétale et de projeter sa mise en œuvre.

Il s’agit d’un outil facilitant, évitant de perdre de l’énergie à définir le cadre de sa réflexion. Ainsi on peut directement s’intéresser aux questions clés de la responsabilité de son organisation : Pour quoi mon entreprise existe-t-elle ? Qu’apporte-t-elle au monde ? Comment son activité contribue-t-elle à garantir l’équilibre des écosystèmes et l’équité sociale ? Comment la bonne gouvernance de mon entreprise est-elle garantie ? Ce sont par ces questions que j’aide les entreprises à se questionner.

C’est justement parce que la période actuelle est incertaine qu’elle est propice à ces questions : les trajectoires classiques de performance sont régulièrement réinterrogées, chamboulées par les instabilités. Initier une démarche de responsabilité sociétale sincère permet d’atteindre la sérénité utile pour entreprendre dans notre monde fluctuant.

Bien sûr cette introspection passe par des questions qu’on n’a pas toujours envie de se poser, qu’on préfère ne pas affronter. Cela demande du courage, cela demande une sortie de zone de confort et l’acceptation d’une incertitude sur les réponses qui pourraient émerger. Cela permet aussi d’aligner ses actions, ses décisions avec le sens que l’on souhaite donner à son entreprise, de prendre conscience des conséquences sociales et environnementales de ses décisions et de choisir d’adapter ses actions au monde que l’on contribue à créer.