Pourquoi construire un nouveau pacte social ?



Alors que le taux de chômage en France est à un de ses niveaux les plus bas, les métiers en tensions sont de plus en plus nombreux : les entreprises peinent à recruter.


Et cette tendance n’est pas uniquement française : de grands courants se dessinent ; « the big quit », vague de démissions vécue aux Etats-Unis cet été, déferle aujourd’hui en France. Bien sûr cette tendance s’explique par la crise sanitaire en cours et les remises en question individuelles qu’elle a fait émerger. Elle s’explique aussi par les conséquences de la baisse du chômage, le départ à la retraite de tous les babyboomers, les décalages entre les formations initiales et les besoins des entreprises… Tous ces paramètres ont instauré un nouveau rapport de force entre les entreprises qui recrutent et les travailleurs.


Pourtant les experts affirment que les seules considérations macroéconomiques ne peuvent pas entièrement justifier ce phénomène. Un nouveau décalage, inédit, existe aujourd’hui entre les besoins des entreprises (qui cherchent à recruter les collaborateurs dont ils ont besoin) et les besoins des travailleurs (qui recherchent de plus en plus à donner du sens à leur travail).


La tendance actuelle peut être analysée comme une conséquence du management moderne qui a individualisé les parcours professionnels, rendant chaque salarié acteur de son développement professionnel. Bien sûr, cette idée est tout à fait louable : chacun devenant ainsi davantage maître de son destin ; cependant cette politique managériale a également d’autres effets : il ne se crée plus de collectif entre les salariés qui mènent, chacun séparément, leur carrière professionnelle. Pire, chaque salarié peut désormais adopter une posture consumériste : il devient « normal » de consommer ce que peut proposer l’entreprise et de la quitter lorsque des attentes sont insatisfaites.


En créant des projets individualisés pour motiver les salariés à court terme tout en demandant à chacun de s’adapter continuellement au flux tendu d’activité créé par l’optimisation des coûts, un nouveau modèle de pacte social émerge.


Le contrat social traditionnel qui sous-tend le contrat de travail (la prestation de travail réalisée dans le cadre d’un lien de subordination et en contrepartie d’une rémunération) a été modifié.

En effet, si on limite la relation de travail à une prestation contre rémunération, sans que le partage d’un projet d’entreprise ne vienne justifier d’accepter de se positionner sous le lien de subordination inhérent au contrat de travail, on se retrouve dans une relation commerciale traditionnelle, qui est d’ailleurs celle que l’on voit fleurir avec le développement des micro-entreprises qui permettent aux travailleurs de mettre leur force de travail à disposition de « clients » sans avoir à subir leur management. Cela peut apparaître très pratique pour les deux parties à court terme. Cependant, sans relation durable et partage d’un projet collectif, comment s’assurer que les besoins permanents de ressources humaines puissent être garantis ?


Repenser le contrat social, le rapport au travail semble aujourd’hui inévitable. Les entreprises doivent désormais opter entre subir ou être acteur du changement en marche.

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